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Réservé aux filles

La Marmotte d’Olt de Florence

Un article bien sympathique, écris par une participante à la cyclo.
Retrouvez des infos sur les cyclos nationales en consultant le site : cyclosport.com
lien en fin d'article.



La Marmotte d'Olt de Florence

« Et alors la Marmotte, elle plie le cyclo dans le papier d'alu ! » Et pliée, j'ai bien faillit l'être...

Dimanche 26 juin. Pour moi, dernier épisode de la saga du challenge RANDON, célèbre feuilleton cyclosportif de la saison 2005, car je ne pourrais participer à la Cycle AIGOUAL, ma fille aînée ayant l'inconsciente idée de se marier le jour d'une compétition !
ST GENIEZ D'OLT est un joli village tranquille arrosé par le Lot, mais en ce dernier week-end de juin, il règne une grande agitation : outre le traditionnel marché nocturne, c'est l'organisation de la Marmotte d'Olt, et parmi les touristes classiques, rôde une étrange confrérie au bronzage bicolore vanille chocolat ! Tout ce petit monde se reconnaît, s'interpelle, se congratule et envahit les terrasses des restaurants pour dévorer l'incontournable plat de pâtes des veilles de compétitions, pendant que les plus distraits s'inscrivent à la dernière minute, n'est-ce pas, Isabelle ? ... Après les plaisanteries d'usage et la petite promenade digestive, nous allons sagement nous coucher, car demain il faudra être en forme.
Et c'est déjà demain... Il fait beau, et même déjà chaud, alors pas besoin de s'inquiéter pour la tenue à adopter : écran total et manches courtes !
Une légère montée à la sortie du camping semble idéale pour un échauffement et attire les cyclos comme un aimant. Je mouline rapidement sur un petit braquet, je surveille mon cœur, et le secoue quelque peu, lui qui sort juste du lit ! Il faut qu'il monte pour qu'il ne soit pas étonné tout à l'heure de cet effort matinal incongru que je vais lui imposer !
Je surveille mon cardio, tout en faisant des projets mirobolants de place et de moyenne (on peut bien rêver un peu !). Je rattrape un grand gaillard dont l'allure me convient et décide de rester dans sa roue à méditer sur la condition cycliste, quand perdu dans sa propre réflexion il tourne sans crier gare dans le sens de la pente. S'ensuit alors un rapide et pathétique ballet, une valse à trois temps où la cavalière qui n'a pas vraiment été invitée, cherche désespérément à se délivrer... un petit pas à gauche en harmonie avec ce Fred Astaire des pelotons, un temps mort accompagné de petits cris craintifs, un petit pas à droite en recherche d'équilibre, nos roues se frôlent dans une intimité incestueuse, je me débats maladroitement et ouf, c'est la délivrance inespérée ! Mon cavalier s'excuse, prend de la vitesse et roule vers son destin. Mon cœur bat la chamade : faire monter la fréquence c'était le but recherché, non ? Le cyclo qui me suit me lance « vous avez eu chaud ! »
J'acquiesce et me remets de mes émotions : quand je pense que j'ai faillit m'étaler là bêtement, comme une crêpe avant même que le départ ne soit donné, j'en tremble.
Refroidie par l'incident, je rejoins le sas de départ où je m'entasse au fond avec les non-violents, bien décidée à éviter la bousculade.
Bang !Mon cœur s'agite à nouveau, je sursaute surprise par le coup de feu du départ. Le grand parcours s'élance et j'ai une pensée d'encouragements pour mon « petit frère » perdu dans cette marée humaine multicolore et cannibale qui va l'engloutir et l'entraîner dans son sillage à la force du grand braquet.
Ca bouge devant moi, c'est déjà le départ, je garde bien ma ligne et je laisse faire les autres.
Christian me dépasse et me sollicite gentiment : « Prends la roue d'Isabelle, allez tu peux le faire ! ça va monter, tu peux tenir » Je secoue la tête, non trop dur pour moi. Je préfère aller mon train de sénateur.
Tout se passe bien, les très pressés sont devant, les applaudissements s'éteignent, et la rampe s'allume. Mon cœur, mon cœur ne t'emballe pas, fais comme si tu ne savais pas... chantait Jacques Brel. Je trouve rapidement le bon rythme, le métronome est en route : lentement mais sûrement. Je double des participants déjà essoufflés. A la fin de la première côte, je trouve un groupe où je peux me mettre à l'abri du léger vent contraire, l'allure s'accélère mais reste raisonnable. Je roule avec eux jusqu'au pied de la côte de Verlac, et là c'est chacun pour soi. Clac, clac, clac sagement je monte les couronnes, mon cœur au diapason de ma respiration. Je double et je suis doublée. Tous les kilomètres, des panneaux d'information indiquent le pourcentage et l'altitude. Contrairement à d'autres, j'aime bien savoir, surtout quand je ne connais pas la région. Je rattrape Agnès, je la côtoie depuis le début du challenge Randon. Nous roulons sensiblement pareil. Je m'installe confortablement dans son groupe, mon cœur sous surveillance. La chaleur ne fait pas encore de dégâts, la route s'élève régulièrement et bien à l'ombre.
Premier ravitaillement, si le groupe s'arrête je m'arrête aussi. Mais il passe en ralentissant légèrement. J'attrape au vol une bouteille ouverte,(quels progrès, je m'étonne !) tendue par une gentille bénévole. Les bidons sont à moitié, je verrai au contrôle suivant. Quel dilemme : tenir un groupe c'est bien, mais manquer d'eau serait suicidaire. Un petit garçon récupère les bouteilles plastiques dont les cyclos rassasiés se sont débarrassés. C'est bien cet effort sur l'environnement depuis quelques années et comme il est agréable de ne plus voir ces papiers de barres énergétiques baliser le parcours !
Nous atteignons le plateau de l'Aubrac et la fraîcheur de l'altitude, c'est bon !
Les vaches, indifférentes à nos souffles courts, ruminent patiemment sans même nous jeter un coup d'œil ! Tout fout le camp ! Avant, elles regardaient passer les trains... Mais mon esprit s'égare, et ce n'est pas le moment. Il faut jouer du dérailleur dans cette portion casse-pattes : grand plateau dans les relances et les descentes, petit plateau dans les côtes courtes mais pentues. Grand plateau, petit plateau, une maille à l'endroit, une maille à l'envers et pendant ce temps là, l'ouvrage avance.
Mon deuxième bidon est presque vide, il me faut prendre un décision.
A un carrefour, un bénévole en poste depuis le matin a eu la sagesse d'apporter une bouteille d'eau, et je ne vois que ça ! Je le dévalise un peu gênée tout de même de le priver de sa ration, mais il me rassure en me disant qu'il arrêtera une moto. Je repars aussitôt, le groupe s'éloigne inexorablement, mais la côte se termine, je chasse méthodiquement pour revenir à l'abri des roues, comme un oisillon bien au chaud dans son nid.
Une longue descente de 12 km au revêtement convenable (rien à voir avec nos pauvres routes du Gard !)permet de souffler un peu et de s'alimenter. Les virages sont bien signalés et les courbes nonchalantes ne me donnent pas de soucis : « Je suis le torrent des Cévennes qui cascade de rochers en rochers... » Je me motive ainsi dans les descentes pour chasser l'angoisse (je sais, le vélo ça esquinte !). Ca amuse beaucoup Stéphane, mon camarade de club, mais en attendant, ça marche... Je ne lâche pas la roue du cyclo qui me précède, et j'aborde la côte suivante sereinement.
Agnès me rejoint. Je peine un peu, les jambes sont douloureuses, mais je peux faire l'effort car le cœur est à la bonne fréquence. Je passe le triple plateau et tourne soigneusement les jambes. Côtes après côtes on se regroupe, et côte à côte on se rapproche de ce joli petit village tant désiré !
C'est la longue descente vers l'arrivée, je me demande s'il n'y aurait pas encore une petite bosse cachée par-là, mais je ne dois pas me laisser distraire, il faut tenir les roues. Avec Agnès nous profitons (quel vilain mot, mais je n'en vois pas d'autre, il faut bien l'avouer...) de deux cyclos motivés que se relaient sans rien nous demander. L'un des deux porte un original maillot vache : peut être que les méprisantes ruminantes de tout à l'heure l'auront salué lui ?
Nous voilà rendu, je remercie Agnès pour son abri précieux, compensant le mien lors de la Tavelloise. Nous passons sous la flamme rouge du dernier kilomètre et je l'invite au sprint : la plaque et à bloc, les barrières se rapprochent, un petit coup de freins tout de même pour ne pas « sauter » le maillot vache qui a fait tout le travail dans la descente. J'aperçois Guy qui m'attend sur la ligne d'arrivée et qui me félicite. Une bénévole m'enlève le bracelet électronique, un autre me tend le diplôme de participation où j'apprendrais avec satisfaction ma 3e place de la catégorie C, les plus de... Ensuite, tout s'enchaîne : les rafraîchissements appréciés, l'aligot consistant, la saucisse grillée que de courageux bénévoles exposés à la chaleur de la braise font cuire depuis des heures, la douche réparatrice au camping, la sieste pour Guy, le plongeon dans la piscine pour moi, le podium et sa sympathique corbeille garnie. Et pour terminer cette agréable journée, le tirage au sort de la tombola : une semaine au stage du Soleil. L'animateur rappelle que seule une personne présente dans la salle pourra en bénéficier, et c'est mon « petit frère » éberlué d'entendre son nom qui gagnera le séjour : cette MARMOTTE D'OLT, que du bonheur !
Florence.

http://www.cyclosport.com/sommaire.php3?recalcul=oui
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Mercredi 29 Mars 2006
eric solignac


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